La religieuse au café
Les gâteaux de pâtissier faisaient partie de l’univers merveilleux de votre Popa.
Comme les fruits, les gâteaux avaient une saison ou un moment bien définis.
La gamme des gâteaux répondaient à un classicisme auquel toutes les pâtisseries se soumettaient. On le trouvait donc partout. Seuls le renom ou le savoir-faire du pâtissier faisaient la différence.
Bien sûr, en janvier (et pas à Noêl) on trouvait la galette des rois.
C’était le dessert ou le gouter des dimanches de début d’année. Elle était sèche, sans fourrage à la pâte d’amande ou, comme dans le Nord de la France, à la compote. Le feuilletage était délicat et on en retrouvait les miettes partout autour de son assiette ou sur son pull. Lorsqu’un des convives trouvait la fève – elle était blanche en céramique et représentait un « jésus » ou une vierge ou un santon – il la mettait dans le verre du roi ou de la reine qu’il choisissait, en essayant de ne pas se faire remarquer. Dans tous les cas, le roi se devait d’aller chercher une nouvelle galette pour fêter sa désignation par le sort ou par le dévolu ! Ca pouvait durer jusqu’à épuisement du stock du patissier ! on pouvait manger jusqu’à 5 ou 6 galettes dans un dimanche après midi.
En février ou mars, on se régalait de crêpes à trois reprises : le 2 février, jour de la Chandeleur, le jour du Mardi gras et à la mi-Carême. Mais les crêpes, on les achetait rarement, on les faisait à la poêle. A l’avance, juste avant le diner. Le fin de la gourmandise était d’être présent dès le début de leur confection pour manger la première, celle qui attachait dans la poêle, et qui n’était pas digne d’être présentée, comme la dernière, celle qui vidait le saladier de pâte pour faire ce qu’on appelait aussi le « jésus ». Au fur et à mesure de leur confection, les crêpes formaient un tas et on les conservait au four pour les manger au dessert avec la bonne confiture maison (chez moi, c’était surtout des fraises). Le petit bonheur était d’en garder quelques unes pour le lendemain au petit déjeuner. L’arôme du rhum était encore plus présent dans la crêpe froide que la veille… enivrant avant de partir à l’école.
Et ainsi de suite, les saisons rythmaient les dégustations. Juin avait ses clafoutis aux cerises, l’automne ses tartes aux quetsches puis ses tartes aux pommes, et à Noël revenait la bûche au chocolat.
Mais il y avait les petits évènements, les dimanches d’invités, où on allait à la pâtisserie choisir des petits gâteaux individuels. Côte à côte, dans les vitrines sur les grilles de présentation, toujours le même assortiment. Les tartelettes, les gâteaux au beurre et à la crème, et les éclairs et religieuses. Immanquablement, on s’inquiétait du goût de chacun avant d’acheter. Et ainsi s’installaient dans le carton à gâteau déplié (qui faisait mon admiration quand il passait de l’état plat à l’état de boîte) au moins une ou deux tartelettes pour le (supposé) régime des uns, un ou deux gros gâteaux pour la gourmandise des autres et ma religieuse au ? café !! surtout pas au chocolat pour moi ! le café c’était réservé aux grands, et c’était sûrement un moyen d’accéder à un produit interdit. D’ailleurs, ce que j’aime dans le café, c’est ce goût de moka qui enrobe la suavité de la fève. Peut-être aussi parce que la religieuse avait l’air plus grosse que les autres gâteaux ! c’était le plus haut en tout cas de toute la boîte.
Viendra le meilleur moment, celui de la manger. Les délices de la religieuse viennent du mélange des textures, des goûts et des forme
s.
Première étape le chou supérieur !
On lisse tout d’abord la crème frisée décorant l’extérieur, çà ressemble à du beurre légèrement sucré. En dessous, le glaçage au café apparait en totalité, et se casse sous la cuiller, ce n’est qu’un sucre brun qui fond sur la langue ouvrant l’accès à la fermeté du chou frais. Frais car le chou ne supporte pas d’être mangé le lendemain de la fabrication et évidemment pas la congélation ! on arrive alors au couer du sujet : la crème pâtissière où le bon goût de café noir apaise les sucres qui ont précédemment charger la bouche.
Et là arrive la deuxième étape. Sublime puisque bénéficiant de lexpérience acquise sur le petit cou, on sait que l’on va la répéter sur le gros chou de base ! le bonheur en plus gros !! bon, évidemment, le drame survient quand la cuiller n’a plus d’autres ressources que de racler le papier déco où quelques traces de chocolat ou fragment de sucre glacé goût café se sont (mal) heureusement égaré pour rappeler la nostalgie des moments de dégustation qui s’achèvent.
Ne restera plus alors qu’à espérer un prochain dimanche et ses invités à gâter ou, plus rares, la visite chez une tante où l’on disait « on apportera le dessert » !