Promenade dans le 5ème arrt
Popa est parisien. Comme d’autres sont bretons ou lensois ou sanflorains (tiens, c’est où çà ?). Donc, c’est normal, Popa aime Paris.
Il faut dire que Paris est toujours beau.
Deux souvenirs me reviennent pour l’illustrer, avant de vous raconter cette promenade dans le 5ème arrondissement, entreprise par ce samedi d’octobre propice à la flânerie sous ce soleil d’automne qui allonge les ombres et la vie des feuilles.
Le premier est inoubliable : ce matin du jour de Noël 1976, Paris votait blanc : blancheur du soleil, blancheur du vide de la foule, blancheur du sourire de Manou dont allait éclore votre Maman. Bonheur et vitesse étaient illimitées ce matin là, sur les boulevards vierges de trafic.
Le second est historique : ce soir du 14 juillet 1989, 200 ans après la Révolution, Paris votait tricolore : bleu de la nuit du ciel, blanc des illuminations des bâtiments bi-séculaires, rouge des feux de bengale et oriflames de la Fête Nationale. Cris et ivresses étaient sans modération sur ce Champ de Mars bondé face à une Tour Eiffel qu’on ne devinait plus derrière l’embrasement artificiel.
Sans rejoindre ces instants uniques, la promenade de notre guide d’un jour, Dominique, allait susciter de belles émotions en trois lieux : Mouffetard, Jardin des Plantes, Soufflot. Même si tout le parcours était émaillé de moments forts.
Mouffetard, c’est un marché, avec ses étales de poisson, ses charcuteries qui donnent l’eau à la bouche et ses fromagers qui affinent. Enfin… c’était. Bon, les commerçants sont toujours là, mais ils tentent de pallier leur authenticité perdue par un pittoresque sophistiqué, sous la pression de la demande d’une clientèle boboïsée (le mot - bourgeois bohême - aura-t-il encore un sens ?).
Mais j’ai tout de même été séduit par l’un d’entre eux : le traiteur italien, celui qui vend les tomates séchées, les raviolis aux copeaux de parmesan et la salade de « fagiolis ». Irrésistible. Surtout quand c’est dans cette même boutique nommée « chez Facchetti » que j’accompagnais ma tante pour y acheter les célèbres pâtes fraîches, luxe qui faisait mon régal de petit garçon. Et le bonheur d’entendre la propriétaire des lieux me dire : « mais oui Monsieur, ici c’était Facchetti !! ». C’était il y a 50 ans…
50 ans aussi quand je traversais avec ma tante ce jardin des Plantes pour aller au marché Mouffetard, 50 ans et plus quand mes parents pensaient me faire plaisir en me faisant faire un tour d’âne (bien pelés, les pauvres) ou pire sur ce dromadaire égaré qui me juchait à une distance aussi effrayante que mouvante du sol.
Emotion aussi en se faufilant rue Geoffroy Saint Hilaire entre la maison de naissance de ma mère et la mosquée de Paris dont les mosaïques sont une bonne introduction culturelle à la cérémonie du thé à la menthe, façon marocaine. Emotion encore, en pénétrant dans la très belle église St Marcel pour la première fois depuis le décès de votre arrière grand-père Charles.
Soufflot enfin.
Lieu des illusions étudiantes soixante-huitardes où je me complaisais plus à écouter ce piano au coin de la rue d’Ulm qu’à manifester mon attente du grand soir (plus que mon espoir du petit matin, car j’ai horreur de me lever à l’aube !).
Lieu de mon premier emploi pérenne en 1973, à un autre coin, celui de la rue Saint Jacques. C’était le début d’un grand dessein prometteur dans la banque ( !!), c’était à l’agence BNP Quartier latin. Et çà commençait par une surprise que nous ne vivrons sans doute plus jamais. Arrivant bien en avance pour mes débuts en ce mois d’octobre (tiens ? quasiment un anniversaire), quel ne fut pas mon étonnement de voir, posés là, devant la porte de l’agence, comme des bouteilles de lait devant les maisons d’un quartier ouvrier anglais, des paquets de chéquiers emballés dans du papier kraft à moitié déchiré, et entourés de ficelle nouée. L’eldorado papier à porter de mains des lèves-tôt du quartier !! que des gens très honnêtes, rassurez vous !
Merci Dominique, merci Claude-Alice de cette promenade d’un beau samedi après midi, vous vouliez nous montrer le lit de la Bièvre disparue, l’Ecole Normale Supérieure, le Centre Culturel Irlandais, la place de la Contrescarpe, les résidents intellectuels et bourgeois du quartier Monge au 18ème siècle, le resto U de la fac de Censier… bravo, vous avez ravivé les petits évènements qui prennent avec l’âge, une saveur que nous ne goutions peut être pas au moment de les vivre.
Un autre… !!