L’homme qui tua Dieu

Publié le par Popa et Courrier international

 Sous ce titre un peu provocateur, mais très réaliste, le très sérieux magazine Science a publié un article très riche sur les fondements des recherches de Darwin dont on fête le bicentenaire.
A remettre dans le contexte de la montée des intolérances religieuses que le début des années du 21 ème siècle remet d'actualité, du fait de l'absence de philosophes et penseurs pouvant redonner un sens au monde que nous vivons. 

Darwin fut le premier à formuler l’idée d’une évolution des espèces due au seul hasard, indépendante de toute volonté divine et de tout déterminisme. De quoi modifier radicalement le cours de la pensée scientifique.

On considère souvent que la publication de L’Origine des espèces par Charles Darwin, en 1859, a inauguré une révolution des sciences et de la culture occidentale. Il a aussi souvent été dit que le darwinisme était alors “dans l’air du temps” et qu’on attendait simplement que quelqu’un fasse la synthèse de connaissances déjà disponibles. Une position étayée par le fait qu’Alfred Russel Wallace [naturaliste et biologiste britannique, 1823-1913] avait lui aussi formulé, en 1858, une théorie de la sélection naturelle. Qu’en est-il ?

Darwin ne fut certes pas le premier à proposer l’idée d’évolution contre celle de la création divine des espèces. La théorie de Jean-Baptiste Lamarck [naturaliste français, 1744-1829], publiée en 1809, avait fait l’objet de nombreuses discussions mais avait été, dans l’ensemble, rejetée. En 1844, Robert Chambers [naturaliste britannique, 1802-1871] suscita, avec ses Vestiges of the Natural History of Creation, un débat : était-il possible que les nouvelles espèces fussent le produit d’espèces préexistantes, dessinant un processus chronologique qui devait aboutir à l’être humain ? Mais, si l’idée générale d’évolution n’était pas totalement nouvelle, la vision du processus selon Darwin, elle, l’était incontestablement.
Les historiens ont épluché les notes et la correspondance de Charles Darwin pour comprendre le processus complexe qui conduisit le naturaliste à développer sa théorie. L’homme était un penseur extrêmement inventif, qui fit la synthèse de nombre d’idées essentielles, certaines issues de ses recherches scientifiques, d’autres de pensées circulant dans son environnement culturel. Pourtant, peu de ses contemporains auraient accepté l’idée que l’évolution par la sélection naturelle était alors dans l’air du temps. Darwin aborda le sujet selon une approche bien différente de tout ce qui avait été fait jusque-là pour tenter d’expliquer les origines de la vie sur la Terre. Sa palette singulière d’intérêts scientifiques lui permit de s’intéresser à des sujets ignorés par d’autres naturalistes et d’exploiter ces sources d’inspiration avec une immense originalité. Dans une certaine mesure, Charles Darwin était en avance sur son temps, anticipant des concepts qui, pendant les années qu’il passa à travailler dans l’isolement, devaient conduire d’autres naturalistes vers une thèse évolutionniste.

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