réflexions banales autour de la crise

Publié le par Popa

Il fallait bien que çà arrive : je n'ai pu résister à ces quelques réflexions basiques à livrer aux petrits enfants pour faire le point avec eux et leur propre jugement dans quelques années. Difficile en quelques lignes, mais juste pour prendre date.

Les gens sont faits pour vivre en société, ensemble. Ils n’ont d’ailleurs pas vraiment le choix !

Chacun a un rôle, fait bénéficier l’autre de ce qu’il fait et bénéficie à son tour de ce que fait l’autre.

La société est tellement complexe et les gens tellement nombreux qu’il faut organiser les rôles de chacun. Dès lors, tous les rôles n’ont pas la même valeur, et les gens cherchent à avoir le meilleur rôle possible.

Depuis l’origine des temps, la société s’est donc dotée de « systèmes économiques » plus ou moins sophistiqués.

Au départ, les gens sont égaux puisqu’ils doivent jouer un rôle utile à tous, mais  la complexité de la société et son organisation, ses systèmes, crée des ambitions et, progressivement, certains en profitant, en réussissant, deviennent « plus égaux que d’autres » en prenant le pouvoir politique ou économique.

De nombreux systèmes ont été testés, mais aucun n’a donné de résultats probants permettant à chacun de bénéficier également de la valeur qu’il crée pour la société. Bref l’égalité n’existe pas, n’existera jamais, puisque chacun en veut toujours plus. Et même si  le gâteau de la création de valeur augmente par les efforts produits par chacun dans son rôle (c’est ce qu’on appelle la croissance), lorsque certains en prennent beaucoup, il en reste nécessairement moins pour les autres.

D’aucuns ont pensé au 19ème siècle que le communisme était la solution au rétablissement des égalités, ou du moins à une meilleure répartition des richesses. Ils avaient sans doute raison, mais très vite, la vanité et l’envie de pouvoir ou de propriété de certains, ont pris le pas sur l’idéologie généreuse et ambitieuse de l’égalitarisme international. A la chute du mur de Berlin en 1989, évènement hautement symbolique, on a voulu nous faire croire que le libéralisme avait définitivement fait la différence et était le « vrai  et seul » système qui permettait à chacun de vivre sa vie, s’épanouir dans son rôle, dans la liberté de penser et de se déplacer. Bref, tout le monde avait la possibilité, s’il le voulait, d’être aussi égal que l’autre, et même plus. !!

Eh ! oui… et même plus… c’est bien là le problème.

 

Et pour que chacun en soit bien convaincu, on s’appuyait sur la « démocratie » (au sens occidental du terme) qui garantissait, avec ses règles votées, cet esprit de liberté d’entreprendre, d’agir et de choisir.

C’était évidemment sans compter avec la perversité de la nature humaine.

Dans le libéralisme, cette perversité a trois supports : la consommation, la communication, la dérégulation.

La « création de richesse » est le credo. Pour y parvenir, les chantres du libéralisme ont compris qu’il fallait noyer les gens dans l’abondance, dans le renouvellement des produits, le plus rapidement possible, et donc dans l’envie permanente que cela suscite et qui flatte l’instinct de possession ou celui de paraître. Il  faut donc produire pour améliorer la croissance, seule issue vers le bonheur de consommer, consommer sans fin et au-delà de nos besoins.

Ainsi, des chaînes de valeur nombreuses se sont elles créés pour satisfaire dans les temples hyper-marchands des besoins non sollicités.

C’est là qu’entre en scène la communication. Celle qui attise les envies, qui fait surgir des besoins de l’inutile, qui segmente les gens en perçant leur vie privée et bafouant leur intimité pour mieux les « cibler ». Les techniques de communication accélèrent le processus de consommation jusqu’à l’addiction. Grâce à elles, même ceux qui n’ont pas les moyens financiers de consommer sont sollicités à voler ; le chemin de la consommation à la délinquance est direct et tracé par la crainte de l’exclusion sociale.

Et après tout, pourquoi auraient-ils des scrupules à s’inscrire dans le non droit, puisque l’exemple de la dérégulation vient d’en haut ! Réflexion raccourcie, dira-t-on… non : nature humaine, dans les deux cas.

Dans nos démocraties désormais libérales, une à une les règles, les lois, les directives incitent à la concurrence censée favoriser la consommation au meilleur prix et à la meilleure qualité. On sait ce qu’il en est du « low cost » qui incite à la production de produits dénaturés (l’eau dans le lait par exemple), ou des services dégradés au point d’en être dangereux (la sécurité aérienne en péril). On remarquera avec humour d’ailleurs, que « low cost » signifie « bas coût » et non « bas prix » !! Et c’est par absence de contrôles, de règles et de sanctions efficaces qui les accompagnent, qu’on arrive à faire croître la consommation dans un redoutable emballage de communication.

 

Bref cette conjonction ne vise qu’à faire du chiffre d’affaires, de la marge. Avec au passage plus de pollution (cessons définitivement de se gausser des verts et de notre environnement, c’est la planète que nous laisserons à Ethan, Maxine, Hugo et leurs cousins…), plus d’intrusion dans les vies privées (Facebook ou nos boîtes aux lettres), plus de place au capital qu’au travail par les défiscalisations scandaleuses et les paradis fiscaux protégés (des Caraïbes au Luxembourg)

 

Pourquoi rappeler ces évidences aujourd’hui ?

 

Parce que la crise que nous traversons en cette année 2008 est grave. Bien sûr, en lisant cela dans 30 ans, elle paraîtra anecdotique, appartiendra à l’histoire économique et sociale. Les sociétés sont ainsi faites qu’elles s’adaptent et surmontent les difficultés, que cette crise s’inscrira dans un cycle.

 Mais elle constitue une leçon.

Celle que je propose est qu’il faut impérativement se méfier de nos élites et de nos grands dirigeants économiques. Ce sont ces gens plus égaux que d’autres à qui vous aurez tendance au pire à accorder votre confiance ou au mieux, dont vous dépendrez.

Nos élites politiques, celles qu’on élit dans les démocraties, ont la charge de faire les règles, les lois. En réalité, ces élus manipulent les masses, quel que soit le régime, démocratique ou totalitaire, par une communication toujours habile. Cette manipulation, certes, leur profite, mais elle bénéficie surtout à ceux qui financent leur  accession et leur maintien au pouvoir : les dirigeants économiques.

Nos grands dirigeants économiques détiennent un pouvoir exorbitant car il dispose de l’un des deux facteurs de production majeur : le capital.

Il faut à cet égard ne pas se tromper de cible, et bien considérer que ce n’est jamais celui ou celle qui travaille (l’autre facteur de production) qui est dangereux pour la société, car celui-là créée la valeur (le produit, le service…) dont chacun pourra profiter. Mais l’actionnaire ou plus généralement celui qui dispose de l’argent car lui, ne le partagera jamais.

Au contraire, il va jouer avec et spéculer pour accroître sa richesse sans nécessairement créer ou favoriser de production nouvelle.

C’est la situation dans laquelle le monde se trouve en 2008.

L’argent n’est plus utilisé pour créer de la valeur et jouer son rôle de facteur de production, comme facteur de progrès, mais à des fins très égoïstes, pour accumuler des richesses superfétatoires que leurs détenteurs étalent odieusement dans des luxes qu’on croyait d’un autre âge.

 

La construction  libérale a généré avec la complicité de la démocratie, un régime d’inégalités identiques à celles des monarchies et empires.

Plus encore, elle méprise le travail, crée le chômage, délocalise pour peser sur les coûts du travail (le vrai « low cost ») et susciter la crainte de la survie. Nouvelle forme d’esclavage international.

Révoltant bien sûr, mais la révolte ne semble plus une attitude « tendance » comme elle le fut au 19ème siècle. La conscience sociale, celle du partage, a abandonné les foules ; les philosophes n’existent plus pour attirer leur attention et donner un sens à la vie ; les égoïsmes font florès : on prend une part du gâteau à son voisin ou on jalouse son coin de jardin sans remettre en question les vraies injustices : celle de la puissance de nos dirigeants économiques accaparateurs et insolents donneurs de leçons.

 

So what ? et alors ?

Un peu de clairvoyance face aux communicants de tout poil (genre les journaux gratuits), çà ne nuit pas. Et s’interroger sur la valeur de notre consommation, ses risques et ses conséquences (y compris si on n’y cède pas). Et militer pour un retour aux références, aux règles, aux limites, car sauf à être moine inutile ou riche désinvolte, nous dépendons des autres et les autres de nous : c’est la Société.

 

NB. Toute ressemblance avec un avis engagé n’est pas fortuit, même si ses limites sont avérées !!

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Publié dans humeurs du temps

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