le conflit du Caucase : jusqu'où?
Les rapports entre les pays répondent à plusieurs contingences.
Celle des peuples qui s’y sont installés, ont cultivé leurs terres, développé leur culture et s’attachent donc à défendre leurs espaces et leur patrimoine.
Celle des richesses convoitées par leurs voisins, richesses variables selon les besoins.
Celle des pouvoirs au gré des orgueils et de la détermination des pays à imposer leur loi par la force ou par l’association d’intérêts.
Le conflit caucasien, comme beaucoup d’autres, est motivé par les trois :
- le peuple géorgien a sa personnalité séculaire, sa langue (regardez ses noms patronymiques), ses pratiques (l’un des premiers pays au monde à avoir donné le droit de vote aux femmes).
- peu dotée de richesses intrinsèques, la Géorgie bénéficie de manière récente de sa position de lieu de passage des richesses des autres (gaz caucasien) vers ceux qui en besoin (Europe occidentale),
- le pays est dirigé par un homme qui, s’il n’a pas le pouvoir de la taille, a celui de sa position géostratégique et de ses alliances américaines.
Ce qui est intéressant dans ce conflit, c’est qu’il éclaire magistralement l’histoire récente : les modalités de l’éclatement de l’Union soviétique et sa renaissance ou sa perpétuation sous le régime de Poutine, confortant la logique de la perspective historique dans laquelle elles s’inscrivent.
Une carte en dit plus que tout long discours.
La Russie, dite « éternelle » et ce n’est pas un hasard, considère qu’elle dispose de territoires sans bornes. Imaginez vous tsar de telles étendues aux frontières si lointaines ! Comment ne pas relativiser l’étendue de son pouvoir ! Surtout quand les contrées frontalières sont séduites par tant de puissance, ce qui est bien le cas de l’Ossétie, d l’Abkhazie qui cherchent de tous temps leur indépendance, ou même de la Transneutrie (près de la Moldavie) ou même des minorités russophones des pays baltes.
Les républiques caucasiennes et celles d’Asie centrale actuelles sont nées du recyclage des apparatchiks soviétiques. Sous prétexte de réformes libérales, elles se sont appuyées sur des nationalismes opprimés et le soutien des Etats-Unis (suppôts des entreprises américaines) pour créer des marchés nouveaux. Ce faisant, elles encerclent la Russie pour tenter de limiter sa puissance et ses travers dominateurs et expansionnistes naturels.
C’est là que le bât blesse.
Rajoutez y les intérêts qu’ont les occidentaux à maintenir un approvisionnement en gaz et pétrole, que ce soit en termes énergétiques vitaux ou en équivalents bénéfices financiers, la Russie ne peut y voir que des inconvénients et cherchez à casser cet encerclement par le soutien aux territoires sécessionnistes justement placés sur la route des hydro-carbures !
Tout cela peut apparaître bien compliqué, mais dans la perspective historique, on peut gager que ce conflit a deux dimensions dans le temps :
- l’une est de court terme et s’alimentera par le pétrole et le gaz tant qu’il y en aura besoin ou que les réserves seront suffisantes et économiquement accessibles : 10, 20, 30 ans ?
- l’autre est éternel comme la Russie, car ce peuple de poètes et de musiciens a trop besoin – très matériels ceux-là- d’accès terrestres et maritimes viables (le réchauffement climatique et la fonte des glaces le lui conférera peut-être plus rapidement que prévu au Nord !) pour renoncer à ses conquêtes comme elle l’a toujours fait. Le tout avec une capacité à administrer rigoureusement le pays comme savent le faire par nécessité les pays de grands espaces.