Retraite

Retraite.
Que signifiera ce mot, ce concept pour vous dans 20 ans quand vous commencerez à cotiser ? Dans 60 ans quand vous aspirerez à stopper votre activité? Dans 75 ans quand vous profiterez de ce que vous avez épargné ou de ce que vos enfants vous reverseront?
La question a du sens en ce jour qui a marqué la première vraie manifestation des français pour « la sauvegarde des retraites ». On devrait dire « du reversement des cotisations perçues mois après mois sur les salaires ou les revenus professionnels par les caisses ».
On oublie parfois qu'il s'agit d'un acte de solidarité inter-générations : nous payons pour nos parents, vos parents paient pour nous, vous paierez pour vos parents. Moral, non?
Oui, mais à condition que les caisses reversent justement ce que nous leur avons confiées. Et c'est là que le bât blesse.
Car pour que le reversement soit équitable, il faut plusieurs conditions :
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que la caisse gère bien l'argent qu'on lui verse, et comme on cotise à plusieurs caisses, on n'est pas sûr de la bonne gestion de toutes les caisses
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que les montants versés pendant la retraite soient équitables au regard des sommes cotisées : là, on se heurte à de nombreux problèmes qui perturbent cette égalité:
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l'inégalité face à l'âge de la mort : vos arrières- grand-pères maternels (Léon et Charles) n'ont jamais touché 1 centime de leur retraite car décédés avant l'âge de la toucher
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la courbe de la natalité : vos grands parents sont nés lors du baby boom, après la guerre de 1945, époque où on « repeuplait », et évidemment, ils vont arrêter leur activité tous en même temps, renchérissant brutalement le besoin d'argent à verser
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le temps de travail donc de cotisations : là, çà commence à fâcher.
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Certains (les militaires par exemple, au moment où ces lignes sont écrites) ont droit au versement d'une retraite (qui plus est par l'Etat, c'est à dire, vous en tant que contribuables) au bout de 15 ans de service. C'est ce qu'on appelle les régimes spéciaux.
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D'autres ont droit de s'arrêter et toucher leur dû à partir d'un certain âge, pour des raisons de pénibilité par exemple, ou simplement à l'issue de lutte sociale qui leur confère des « avantages acquis » depuis ces luttes.
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Pour le plus grand nombre, deux paramètres sont pris en considération : la durée de cotisations (actuellement 160 trimestres) et l'âge (60 ans). Oui, vous vous posez la question : et si j'ai cotisé plus de 160 trimestres avant 60 ans, j'ai droit à quelque chose? Ou encore : et si j'ai 60 ans et que je n'ai pas cotisé 160 trimestres, j'ai droit...?
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que l'on ne change pas les règles du jeu en cours de route. Et là çà fâche encore plus. Imaginez : vous commencez à travailler, la loi Fillon (c'est le nom du premier ministre actuel que seuls les ethnographes politiques auront en mémoire dans 25 ans...) revue et corrigée en 2030, vous dit que vous allez vous arrêter à, disons 68 ans, et qu'il vous faut cotiser pendant, disons 180 trimestres. Mais que, en 2050, soit à l'âge de 42 ans, on vous dit : maintenant l'âge de la retraite c'est 70 ans et vous allez cotiser 190 trimestres, vous penserez sûrement qu'on se moque de vous car ce n'est pas le contrat de départ.
Tout à fait.
Eh bien, c'est exactement ce qui se passe actuellement. Vous comprendrez qu'il n'est pas que dans l'intérêt égoïste de notre génération de contester bruyamment ce que nous propose le gouvernement actuel. Il en va du régime que nous vous trouvez en lisant ces lignes !
Pour compléter l'analyse, il faut ajouter deux réflexions :
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la première : nous avons une espérance de vie plus longue, et donc, il n'est pas illégitime de travailler plus longtemps pour équilibrer le temps de cotisation et celui de reversement. On pourrait admettre qu'effectivement, en 2025, l'âge de votre retraite soit fixé à 65 ans, ce qui vous laissera une moyenne de 20 ans pour en profiter.
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la seconde, c'est que le régime de répartition, soit contesté par le régime de capitalisation. Il s'agit là d'un choix de société qui viserait à substituer à un régime de solidarité inter-générations, équilibrant les disparités sociales, par un régime bénéficiant aux plus épargnant, c'est à dire, finalement aux plus aisés. D'un côté, l'Etat (c'est à dire les citoyens, les électeurs...) est l'arbitre, de l'autre, les assureurs (c'est à dire leurs actionnaires) sont les bénéficiaires, et là la « démocratie financière » n'est pas encore née...!
Alors?
Alors, il y a deux mesures à prendre, et j'aimerais que vous mesuriez l'écart entre ces propositions et ce que vous trouverez :
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une visant à fixer une durée de cotisations variable au fil du temps, tenant compte de la durée de vie estimée. Aujourd'hui : 160 trimestres, en 2020 : 170, en 2030 : 180. Ce sont des exemples à peaufiner en fonction des espérances de vie statistiques. Il y a une part de pari, mais pas de risque d'injustice flagrante sur la durée. On commencerait sa vie de travail en sachant clairement sur combien de temps, elle va réellement s'étaler; On pourrait même prendre des congés longs entre 30 et 40 ans, si on le souhaite. Cela retarderait le bénéfice de la retraite, mais permettrait certainement de profiter du meilleur âge de la vie, à plein.
On peut dans ce contexte admettre une réduction pour pénibilité ou autre exceptions notoires. En revanche : militaires, cheminots dans des bureaux sont à requalifier. Je suis clairement favorable aux régimes spéciaux, et le souhait de leur suppression actuellement n'est que l'expression d'une jalousie populiste mal placée de ceux qui n'en bénéficient pas. Eh! Oui, la solidarité n'étouffe pas tout le monde.
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une seconde : c'est de traiter les cotisations aux caisses de retraite d'Etat comme des versements à une assurance, en leur attribuant un taux connu, sur la base là aussi, d'un contrat, et en permettant les versements complémentaires. Cela accroitrait les sources de financement et donc faciliterait les versements et éviterait d'enrichir les assureurs (là, c'est sûr, je me mets en froid avec votre grand-père paternel !! ou avec moi-même puisque les banques vendent de l'assurance-vie !!). Là aussi, c'est clair, je suis favorable à la répartition, porteuse de solidarité, versus la capitalisation, facteur de fracture sociale.
Voyez, la défense de ces intérêts (les vôtres aussi, vous le vérifierez), çà vaut bien de dire à nos gouvernants ou plutôt leurs mandants (les assureurs en sont) : çà suffit!