Liban, le lent suicide d'une nation
Le Liban est sans doute le pays générateur de la plus grande indécence.
Des gens y souffrent.
La haine entre sectes, religions, communautés, pays voisins donnent un prétexte à la complainte. D'autant plus facilement que les évènements qui s'y déroulent sont aussi spectaculaires que dramatiques et font les beaux jours des journaux et des télévisions.
Désinformation car c'est de profondes manipulations qui agitent ce "pays" dont la Diaspora est au moins 3 fois supérieure à sa population (15 millions de "libanais" vivent ailleurs).
Et pourquoi finalement s'apitoie-t-on autant sur ce pays? alors que tant de gens le fuient pour y revenir parfois s'y pavaner pour une retraite dorée?
Pourquoi Carlos Ghosn, Andrée Chedid, Emmanuelle Béart, Paul Anka, Ralph Nader et surtout des milions de leurs "compatriotes" sont -ils aller faire fortune ailleurs?
Comment ce pays génère-t-il tant de banquiers, commerçants, industriels, artistes tous prompts à privilégier les affaires au détriment de leur terre?
Le Liban est-il donc voué à être un pays d'abandon?
A l'heure où la guerre civile reprend, il est intéressant de témoigner de cet état de perpétuelle agitation.
Alors, l'article du Courrier International de ce 16 mai 2008, semble apporter quelques réponses, même s'il ne va pas au bout de l'explication.
"A terme, on pourrait voir le Liban disparaître en tant qu’Etat indépendant.
A Beyrouth, la confrontation entre le fragile gouvernement pro-occidental et l’opposition emmenée par le Hezbollah, le groupe islamiste chiite soutenu par l’Iran, a pris une tournure inquiétante. Serait-on en train d’assister au suicide du Liban en tant que nation ? Le Hezbollah a pris le 9 mai le contrôle de Beyrouth au cours d’une démonstration de force dévastatrice qui a fait vaciller la coalition sous direction sunnite du Premier ministre Fouad Siniora.
Il semble n’y avoir aucune limite à la profondeur de l’abîme dans lequel les politiciens libanais sont prêts à précipiter un pays qu’ils traitent comme un butin privé ou un champ de bataille pour mener leur guerre par procuration. Leur lutte pour le pouvoir est à présent étroitement liée à la compétition à laquelle se livrent dans la région les musulmans chiites et sunnites depuis l’invasion de l’Irak par les Américains. Le Liban, il est vrai, n’a jamais vraiment résolu le conflit aux multiples ramifications qui oppose ses 17 communautés ethnico-religieuses et qui, après avoir plongé le pays dans la guerre civile entre 1975 et 1990, l’a laissé sous occupation syrienne et israélienne. Rafic Hariri, l’ancien Premier ministre, a reconstruit Beyrouth mais échoué à refonder la politique interconfessionnelle libanaise en un projet national.
Son assassinat, en 2005, sans doute perpétré par la Syrie et ses agents locaux, a eu pour conséquence le départ des troupes syriennes mais a déclenché une lutte féroce pour le pouvoir. La montée en puissance de la majorité chiite en Irak – ce qui horrifie les leaders arabes sunnites pour lesquels elle constitue l’avant-garde de l’Iran chiite – et la guerre ratée d’Israël contre le Hezbollah en 2006 ont encore fait monter les enchères au Liban. Une fois de plus, le pays du Cèdre se retrouve l’otage des puissances régionales et de leurs clients locaux.
L’histoire du Liban semble faite d’un éternel report des problèmes
Le Hezbollah, dont le prestige a été rehaussé par sa résistance à l’offensive israélienne de [juillet] 2006, a organisé le siège du gouvernement de M. Siniora et des institutions libanaises. Le Parlement ne s’est pas réuni depuis dix-huit mois ; le pays est privé de président depuis six mois. M. Siniora est un technocrate et Saad Hariri, son principal soutien au Parlement, est un novice propulsé en politique par le meurtre de son père [Rafic Hariri]. Cela se sent. Les combats ont éclaté après que le gouvernement eut fait part de sa décision de démanteler le réseau téléphonique sécurisé du Hezbollah – essentiel pour son infrastructure militaire – et démis de ses fonctions l’officier chiite chargé de la sécurité à l’aéroport de Beyrouth.
Tant que l’armée renâcle à prendre le risque de se scinder à nouveau selon les lignes de fracture confessionnelles observées durant la guerre civile, M. Siniora n’a pas les moyens de mettre sa menace à exécution. Le Hezbollah est sans aucun doute un Etat dans l’Etat – le plus récent exemple d’un type de situation dont l’histoire libanaise n’est pas avare. Mais le gouvernement a voulu bluffer, alors qu’il n’avait pas toutes les cartes en main.
Hassan Nasrallah, le chef charismatique du Hezbollah, a qualifié l’initiative gouvernementale de déclaration de guerre. Le Hezbollah et l’Iran n’ont plus confiance en leur allié (et fournisseur d’armes) syrien après le meurtre à Damas d’un commandant chiite de haut niveau [Imad Moughniyeh, tué dans un attentat à la voiture piégée le 12 février dernier]. Le groupe ne veut pas renoncer à sa logistique ni à son accès à l’aéroport. Le gouvernement a fait machine arrière. Cela ne fera que repousser la question de savoir qui dirige le Liban et risque de provoquer l’intervention d’acteurs régionaux comme l’Arabie Saoudite sunnite, l’Iran chiite ou, une fois encore, Israël. L’histoire du Liban semble faite d’un éternel report des problèmes – et c’est précisément la raison pour laquelle il risque son avenir en tant que nation."